lundi 23 novembre 2015

Deux approches, trois erreurs

Paru au début du mois dans le Journal Métro, l’article Les deux approches de Miriam Fahmy comportait quelques éléments portant à confusion sur la nature des Initiatives de Transition. Saisissons cette occasion d'éclaircir certains aspects parfois mal compris de notre action.
Promenade sur la mode locale (2012)

Afin de porter à l'attention du public les consultations publiques de l'OCPM pour réduire notre dépendance aux hydrocarbures, l'article en faisait la comparaison avec l'approche des Initiatives de Transition. Selon l’article, le modèle des Initiatives de Transition, bien qu'intéressant, se développerait "en vase clos" de son environnement politique et économique. Il serait donc moins efficace que l'OCPM pour accomplir les transformations requises. Pourtant, l’implication de notre initiative Villeray en transition dans les consultations de l'OCPM est importante et nous ne voyons pas de contradiction entre nos deux modes d'action.

Bien que nous soyons convaincus de la bonne foi de la chroniqueuse, il nous est essentiel de corriger certaines perceptions, à la base du jugement sur lequel s’articule sa chronique :
  • Elle présume que les Initiatives de transition « cherchent toutes les façons possibles de satisfaire leurs besoins matériels sans utiliser les systèmes municipaux et commerciaux en place » : c’est faux.
  • Elle présume que les Initiatives de transition fondent un espoir de changements sans la participation des pouvoirs économiques et politiques déjà en place : c’est faux.
  • Elle confond résilience locale (transition) et autarcie (survivalisme).
Parlons d'abord de l’approche de transition. C'est un modèle de mobilisation des communautés pour diminuer la dépendance au pétrole et le réchauffement climatique, en renforçant la résilience socio-économique locale. C’est un vaste programme, très ouvert et très ambitieux, mais ce n'est pas n'importe quoi, et ne le définit pas qui veut!

Logo du Transition Nertwork
Il a été développé en Angleterre en 2005, il est utilisé par des centaines de communautés en transition et il est porté par un réseau international : le Transition Network. Au Québec, une seule initiative est officiellement reconnue par le réseau, soit Villeray en transition. Cette reconnaissance valide le fait que nous utilisons le modèle de façon authentique. Contrairement à ce qu’avance l’article, les liens avec l'administration locale sont une condition non-négociable afin d’obtenir cette reconnaissance et d’utiliser l'appellation “Initiative de Transition” de façon légitime. Les autres critères concernent notamment la connaissance du modèle de Transition, la collaboration avec le réseau et le respect de la diversité et l’inclusion (mixité sociale, interculturel, intergénérationnel, etc.).

De ce fait, les élu.e.s sont invité.e.s à nos activités et nous participons activement depuis 4 ans aux nombreuses consultations qui touchent Montréal et Villeray. Nous avons même parfois reçu de l'argent de l'arrondissement et de nos députés pour nos activités!

Notre conseiller de district, mercredi dernier.
Concernant la consultation d'initiative populaire sur la réduction de la dépendance aux hydrocarbures que vante l’article, nous souhaitons souligner que nous l’avons soutenue depuis le début, ainsi que Matthew Chapman, le formidable citoyen qui a fait les démarches pour l’obtenir. Dans le cadre de cette consultation, nous sommes membres de la Coalition climat Montréal, qui réclame une ville carboneutre pour le 400e de Montréal en 2042. Nous avons également participé à définir la question de la consultation, nous en avons fait la promotion, nous organisions le 18 novembre une consultation citoyenne en collaboration avec l'Éco-quartier Villeray et, ensemble, nous planifions une autre activité encore plus ambitieuse en février 2016. Avec toute l’énergie que nous déployons pour cette consultation, nous sommes désolés de nous y voir opposés par cet article.

VET au Bistro l'Enchanteur
Comme le suggère le modèle de transition, nous collaborons depuis bientôt cinq ans avec de nombreux commerçants de notre communauté pour réaliser nos projets, notamment dans le Comité mixte de Castelnau qui a mené à l'aménagement convivial de la rue De Castelnau au coeur de notre quartier. Les commerçants de Villeray nous ont aussi aidé en nous fournissant, au besoin, locaux et commandites. Nous collaborons également avec l'impressionnant réseau communautaire et institutionnel de notre quartier afin de mettre en valeur leurs activités qui correspondent à l'exigence de diminution de la dépendance au pétrole et d'augmentation de la résilience locale. Ce réseau local nous aide aussi volontiers dans la réalisation de nos activités.

Il faut le souligner: on fait tout ça parce que c'est agréable, naturel et efficace, mais aussi parce que c'est précisément ça une Initiative de Transition. La Transition se fait à partir de notre communauté, avec notre communauté, pour notre communauté.

Notre conseillère de district lors du Sommet de l'AU en 2012
Une visite sur notre page www.villerayentransition.info aurait donc rapidement évité les affirmations selon lesquelles les Initiatives de Transition «cherchent toutes les façons possibles de satisfaire leurs besoins matériels sans utiliser les systèmes municipaux et commerciaux en place» et que nous fondons un espoir de changements « sans la participation des pouvoirs économiques et politiques déjà en place ».

L’article mentionne finalement que le mouvement de transition prône l'autarcie alimentaire, ce qui est faux. L'autarcie est la stratégie des groupes survivalistes: une forme de retrait du système que n'encourage pas le mouvement de transition. Les groupes de transition parlent plutôt de relocalisation et de résilience. Les systèmes résilients, tels que décrits par le mouvement de transition, sont des systèmes autonomes, diversifiés et réseautés; pas isolés comme des communes autarciques! Les systèmes résilients sont capables de combler la grande majorité de leurs besoins localement, mais savent compter sur l'extérieur en cas de défaillance. Ils ne dépendent cependant pas exagérément de ressources, de technologies ou d'organisations sur lesquelles ils n'ont aucun contrôle, comme c'est le cas de la plupart de nos secteurs économiques et de nos communautés aujourd'hui.

Délices locavores lors du Sommet de l'AU en 2012
Pour ce qui est de l'alimentation, la situation est différente dans chaque communauté, selon les réalités culturelles et agricoles de chacune. Par exemple, en Écosse, le mouvement locavore Fife Diet avance l’idée de ramener environ 80% de l’alimentation en production locale et ultra-locale. 20% d'alimentation importée, c'est très loin de l'autarcie. Les jardiniers de transition ont de l’ambition à revendre, mais ils ne se font pas d'illusions. Alors, de grâce, ne leur en prêtons pas!

En bout de piste, l'article de Mme Fahmy se termine là où il aurait dû commencer : par l'idée que l'incapacité de nos pouvoirs force les citoyens d’aujourd'hui à s'engager de toutes les manières possibles. En effet, après 30 ans de résultats insuffisants, prenons acte qu'AUCUNE stratégie n'a prouvé sa supériorité en terme de lutte aux changements climatiques ou de dépendance au pétrole. C'est pourquoi nous nous engageons au respect de toutes les tentatives pour renverser la vapeur.

C'est dans l'addition de nos actions que réside l'espoir d'éviter l'effondrement et de créer de communautés plus solides et conviviales. Manifs, consultations, politique, diplomatie, technologie, jardinage, journalisme, Initiatives de Transition… tout ça n'est qu'une grande expérimentation. Arrêtons de chercher la recette éprouvée et la division. À toutes les échelles, prenons l'approche qui nous sied, fixons-nous des objectifs cohérents avec la réalité et mettons-nous en action!

mercredi 11 novembre 2015

Un bulletin au-dessus des normales saisonnières

Beaucoup d'activités auront lieux en novembre pour Villeray en transition, voici un portrait dont nous sommes très fier.e.s!

17 novembre: Soirée d'information sur la Place De Castelnau

Suivi de l'Arrondissement sur le aménagements de cet été sur De Castelnau et suite du projet pour lequel nous avons été impliqué depuis 2011.
Tous les détails ici: http://bit.ly/1GehVIb

18 novembre: Consultation sur la dépendance aux hydrocarbures dans Villeray

Avec des dizaines de groupes et citoyens de Montréal, nous avons obtenu une consultation publique sur la réduction de la dépendance au pétrole de Montréal! C'est une occasion inespérée de parler de tous les projets dynamisants à mettre en place pour notre communauté et incontournables à terme pour vaincre les changements climatiques.

La question est vaste, alors on commence avec une petite soirée de réchauffement le 18 novembre à 19h au Patro Le Prévost, avec la collaboration de l'Éco-quartier Villeray. Nul besoin d'être expert ou experte en la matière pour contribuer!
Tous les détails ici: https://www.facebook.com/events/1485900005051221/

23 novembre: Soirée Transition Bus

Projection des courts métrages du Transition bus, avec la présence des réalisateurs, sur différentes initiatives inspirantes pour prendre le grand virage écologique qui s'impose.
Tous les détails ici: https://www.facebook.com/events/902094896492778/

27 novembre: En conférence à Bise d'automne

Blaise est l'invité du colloque d'ENvironnement JEUnesse afin de parler de La Remise.
Tous les détails ici: http://enjeu.qc.ca/-La-bise-d-automne-.html

Parlant de La Remise... 

Avec maintenant plus 400 membres actifs, près de 900 outils disponibles, environ 80 bénévoles, une foule de formations et des ateliers libre-service de travail du bois, des textiles et de mécanique vélo, La Remise a été retenue par La Presse comme l'un des 7 projets porteurs du mouvement Je fais MTL!

Avec la période de fêtes qui approche, La Remise se présente comme une solution pour confectionner ou offrir des cadeaux à très faible empreinte écologique.

Plus réseautée que jamais

Cet automne, Villeray en transition a fait un pas afin de se lier à différents mouvements québécois:


Nous somme fiers de nous inscrire dans ce déploiement citoyen constructif qui a le courage de choisir un futur positif et écologique pour le Québec, et d'agir sans attendre à sa réalisation!

Gaz Métro nous trompe-t-elle?

François s'est posé la question suivante: quelle est la légitimité des messages écologiques de Gaz Métro, grand fournisseur de gaz (naturel) de schiste, impliqué dans les projets dévastateurs de Pétrolia à Anticosti?

À lire ou relire ici: http://www.villerayentransition.info/2015/11/gaz-metro-la-verte-campagne.html

Besoins de bénévoles

Villeray en transition est toujours à la recherche de personnes pour participer aux communications et à l'organisation d'activité. Contactez info@villerayentransition.info pour offrir de votre temps, ça fait du bien!

lundi 2 novembre 2015

Gaz Métro, la verte campagne

Initialement publiée dans la section opinion
du Devoir le 2 novembre 2015

Affiche de la campagne de Gaz Métro
Tout le monde a vu depuis quelque temps la campagne de Gaz Métro, très agressive, qui cherche à nous convaincre que gaz naturel et environnement vont de pair : Éole Métro, Solaire Métro, Bio Métro. Un café équitable avec ça? Gaz métro se pose en nouveau chevalier du développement durable. Le message est clair : le gaz naturel est un gaz propre. Après tout, il est… naturel!

Or, ce que fait Gaz Métro, c’est miser sur l’ignorance des Québécois pour leur servir une entreprise de greenwashing parfaitement dégoûtante, et ce, précisément quand les forages controversés se multiplient. Il y a à peine un an, Gaz Métro a d’ailleurs conclu une entente avec Pétrolia pour s’assurer un monopole sur le gaz de schiste issu d’Anticosti. Est-il nécessaire de rappeler à quel point la fracturation hydraulique, seul processus utilisé pour l’extraction de cette ressource, est destructrice?

Nous savons que la fracturation hydraulique génère de vastes quantités d’eaux usées contenant, entre autres choses, des particules radioactives. Nous savons que la technique est tellement énergivore qu’elle produit à peine plus d’énergie qu’elle n’en consomme et que, par conséquent, elle ne doit sa prétendue rentabilité qu’aux incohérences de notre système économique. Nous savons aussi qu’en Pennsylvanie, une étude du gouvernement fédéral a démontré que 25% des puits ont mené à des contaminations des sources d’eau potable, et que ce chiffre risque d’être beaucoup plus élevé ici, en raison de la faible profondeur des gisements. Nous savons enfin que les puits libèrent des quantités de méthane importantes qui, selon certaines études, pourraient faire du gaz et du pétrole de schiste des sources énergétiques au potentiel de réchauffement climatique supérieure au charbon, lequel détenait jusqu’à récemment le record de l’énergie la plus polluante.

On nous dira que, précisément, puisque du méthane s’échappe des puits, mieux vaut essayer d’en récupérer une partie que de le laisser s’échapper dans l’atmosphère. C’est vrai. Mais devrait-on justifier le geste de Gaz Métro sous prétexte que les forages pétroliers d’Anticosti libéreront de toute façon le précieux gaz, ou ne devrait-on pas tout bonnement interdire les travaux de Pétrolia? Ce qui est sûr, c’est qu’à partir du moment où Gaz Métro s’associe à un processus à haut risque qui a toutes les chances de transformer Anticosti en désert huileux, l’entreprise perd toute crédibilité environnementale.

Photo aérienne de sites de fracturation hydraulique par
Bruce Gordon d'EcoFlight, via Flickr Creative Commons
Surtout que les investissements de Gaz Métro dans le gaz non conventionnel ne s’arrêtent pas là. En effet, une proportion importante du gaz vendu au Québec provient des puits de gaz de schiste forés en sol américain. Quelle proportion? Difficile d’avoir des chiffres précis, Gaz Métro refuse de les divulguer. En revanche, on sait que la quantité de biométhane injectée dans le réseau – ce fameux « Bio Métro » dont l’entreprise veut faire sa marque de commerce – est extrêmement marginale : environ 0.5% actuellement, avec un potentiel de 5 à 10% à long terme.

À l’heure du réchauffement climatique, le mot « naturel » a bon dos. Je m’étonne d’ailleurs que Shell n’ait pas encore pensé à nous vendre du « pétrole naturel », voire du pétrole bio. Parce qu’après tout, le pétrole est un produit de la nature, non? Les efforts de Gaz Métro pour développer les énergies renouvelables sont louables, mais tant que l’entreprise continuera à détruire d’une main ce qu’elle construit de l’autre, nous devrons reconnaître ces efforts pour ce qu’ils sont : un coup de pub.



François Geoffroy

Professeur de littérature au Collège Montmorency, membre du groupe citoyen Villeray en transition et membre fondateur des clubs Cinéthique, dans Villeray et à Laval.

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Sources :

  • Andrew Nikiforuk, «US Federal Report Confirms Water Pollution by Fracking »,The Tye, 8juin 2015.
  • Benjamin Zizi, « Du biogaz dans le réseau de Gaz Métro, c'est maintenant? », Écohabitation, 25 mars 2013.
  • Canadian press, « Climate expert says coal not oilsands real threat », CBC News, 20 férier 2012.
  • Équipe Catrbon Brief, « Why measuring fugitive methane emissions from shale gas production matters » Carbon brief, 24 juillet 2014.
  • Felicity Carus, « Dangerous levels of radioactivity found at fracking waste site in Pennsylvania », The guardian, 2 octobre 2013.
  • Florent Daudens, « Gaz Métro envisage d'importer plus de gaz de schiste au Québec », Radio-Canada.ca, 24 septembre 2012.
  • Laura Handal, Patrick Hébert et Bertrand Schepper, « Gaz de schiste : une filière écologique et profitable pour le Québec ? », IRIS, 17 février 2011
  • Philippe Gauthier, « Le fléau méconnu de la fracturation à faible profondeur », Voir.ca, 29 juillet 2015.